Standard and Poor's n'a
pas attendu lundi matin pour s'expliquer. Vingt heures seulement
après avoir allumé un incendie dans l'ensemble de la zone euro,
en abaissant la note de 9 pays sur 16 dont quatre
(Espagne, Italie, Chypre et Portugal) directement de deux crans,
l'agence de notation a tenu une conférence téléphonique, samedi
après-midi, pour motiver sa décision.
Au-delà des raisons
propres à chaque pays, il ressort de façon globale que l'agence est
clairement déçue par les résultats du sommet européen du 9 décembre qui
devait mettre un terme à la crise de l'euro. «Les dirigeants
européens n'ont pas réussi à trouver les solutions adaptées à
l'ampleur de la crise qui touche la zone euro», résume Moritz
Kraemer, le responsable de la notation des états souverains
européens.
Plus important, et plus
inquiétant, «les chefs d'Etat n'ont pas forcément établi le bon
diagnostic sur les raisons profondes de cette crise». Ce qui, selon
S&P, les empêche d'y apporter les bonnes réponses. «Tous les
pays se concentrent essentiellement sur des remèdes budgétaires en
réduisant leurs déficits excessifs, en particulier dans les pays
périphériques, mais la crise de la zone euro s'explique surtout par
un écart de compétitivité qui n'a cessé de se creuser entre
certains pays européens depuis le lancement de la monnaie unique»,
estime Moritz Kraemer.
En termes économiques,
cet écart de compétitivité a abouti au creusement, dans certains
pays, de la balance des paiements et ce creusement a été trop
longtemps ignoré par les responsables
européens.
Depuis plusieurs années,
S&P fait de cette balance des paiements l'un des critères
majeurs de sa notation, au côté des chiffres plus usuels des
déficits publics. De fait, ce sont les pays comme l'Irlande,
l'Espagne ou le Portugal, dont les balances des paiements se sont
lourdement creusées, qui ont été les plus dégradées ces dernières
années. Dans une certaine mesure c'est aussi ce déficit -plus
encore que ses déficits budgétaires- qui a fini par affecter la
note de la France. Encore bénéficiaire en 2004, cette balance des
paiements ne cesse de se dégrader depuis lors, au point de s'élever
en moyenne à 6 ou 7 milliards de déficit par mois. C'est le signe
que la France n'arrive plus à compenser son déficit commercial par
suffisamment d'entrées de capitaux étrangers sur son
territoire.
Vu sous cet angle, les
solutions proposées par les différents sommets européens, notamment
le durcissement de la discipline budgétaire, sont
largement insuffisantes pour résoudre tous les problèmes de l'euro.
«Si il y avait eu une règle d'or budgétaire dans les pays
auparavant, il n'est pas certain que la crise aurait été évitée»,
explique Moritz Kraemer. «Pour preuve, avant 2007, les Allemands
avaient un déficit budgétaire bien plus élevé que les Espagnols,
qui étaient presque à l'équilibre». Mais la compétitivité de
l'économie allemande lui a permis de mieux résister au choc, ce qui
n'a pas été le cas de l'Espagne.